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Archives de Tag: bagad men glaz

Extraits de « L’Anjou en toutes lettres »

B comme « Bonnezeaux »

« On connait l’arrogance d’un certain Paris pour la Province : savant mélange de commisération, d’exhortation ambigüe, de morgue satisfaite. Quant il s’agit du vin, il semblerait que le Parisien, ne pouvant raisonnablement se gargariser de sa mixture montmartroise, laisse au Bordelais le soin de se croire le maître des élégances. Personne, du Jura à la Bourgogne, de Savennières à Saint-Chinian, ne s’en soucie : on sait bien qu’il ne faut jamais ôter leurs illusions aux paltoquets. Il arrive pourtant des moments où les légendes s’effondrent : en 2004, le concours mondial des vins de Bruxelles sacre le « Bonnezeaux  1996 » de Jean-Pascal Godineau « Meilleur vin moelleux du monde », laissant dans sa haie d’honneur d’altiers Sauternes, de sapides Tokay. Un « petit vin de Loire » au firmament de la reconnaissance ? Impensable pour certains. En Anjou, le palmarès fut accueilli avec nonchalance, et même avec une pointe d’appréhension : c’est qu’il est toujours risqué d’inciter les fâcheux ou les snobs à arpenter nos paisibles coteaux.(…) »

Extrait de « Bonnezeaux », un texte de Bruno Deniel-Laurent, dans L’Anjou en toutes lettres, Siloë, 2011

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B comme « Bretons de Trélazé »

« (…) Le pigrollier, en parler angevin, c’est l’oiseau qui vole le nid d’un autre. Le sobriquet ne s’imposait guère aux p’tits gars des Montagnes noires, transférés d’une misère l’autre, simples variables d’ajustement du patronat. A leurs héritiers, les pigrolliers n’ont pourtant légué ni la misère, ni même le ressentiment, mais la fierté de l’origine. Il faut marcher dans les rues de Trélazé le mercredi soir à l’heure où le Men Glaz affine la cohésion de ses pupitres, et surprendre la puissance déchirante d’un Kantig Santez Anna s’élevant à l’assaut des paysages ardoisiers. L’hymne tient tout à la fois du cantique, de la marche de guerre, de la complainte, il déploie une force farouche aussi bien qu’il creuse une faille. C’est un chant d’ailleurs, mais nos horizons l’acclament. Et comme eux, nous savons que la terre d’Anjou  serait imparfaite si ne s’y glissait pas un peu de la mélancolie bretonne.(…) »

Extrait de « Bretons de Trélazé », un texte de Bruno Deniel-Laurent, dans L’Anjou en toutes lettres, Siloë, 2011

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C comme « Cabernet d’Anjou »

« (…) Nous sommes à Paris, quartier Saint-Germain-des-Prés, et j’apprends que le Cabernet d’Anjou est à la fête. « C’est un vin un peu décalé et en même temps très chic ! » m’assure sans broncher une hôtesse d’accueil toute de rose vêtue. Après une Rosé Party dans le Marais, voici donc l’Art’by Cabernet-d’Anjou et ses dix performers chargés d’improviser des œuvres en live à l’occasion de la press party de l’évènement. « Normalement, des people vont passer ! » m’assure, surexcitée, ma petite hôtesse. Elle n’a pas menti : j’aperçois bientôt Derec et Laurent Ruquier… Le viticulteur qui pose près d’eux en tablier fuchsia semble aux anges. Un dépliant traînant sur une table m’apprend que les Cabernet d’Anjou seraient des vins « nomades et ludiques » ! Misère des events branchés… Être dans le vent : une ambition de feuille morte. (…) »

Extrait de « Cabernet d’Anjou », un texte de Bruno Deniel-Laurent, dans L’Anjou en toutes lettres, Siloë, 2011

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C comme « Cointreau »

« (…) Aujourd’hui, la maison Cointreau a choisi une ambassadrice plus percutante que l’onirique Pierrot, remisé au placard dès les années cinquante. Ce n’est plus le pâlot Pierrot qui vous conseille un dernier petit coup pour la route, mais la pulpeuse Dita Von Teese, éminente strip-teaseuse et actrice pornographique, qui engloutit des cocktails en vous adressant un provocateur regard lascif. Ancienne épouse de Marylin Manson, drôlatique et maigrelet chanteur vaguement sataniste, Dita surfe sur la vague du porno chic, façon burlesque et chic européen, très à la mode outre atlantique. Et cela tombe bien puisque près de la moitié des ventes se font aux USA.  (…) »

Extrait de « Cointreau », un texte de Raphaël Bodin, dans L’Anjou en toutes lettres, Siloë, 2011

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C comme « Curnonsky »

« (…) Un jour qu’il hésite entre absinthe et cocktail, Guinoiseau décide que ce sera là son nom de plume, Abscoc. Cette même marque d’élégance ironique se retrouve chez Maurice Sailland. Ce dernier, on le sait, choisit son pseudonyme sous les auspices d’Alphonse Allais qui lui conseillait une consonance en sky, le russe étant à la mode en cette fin de XIXe siècle. Pourquoi pas sky ? En latin cur non sky ? Choisir le nom de plume, qui va vous identifier au monde durant toute votre existence, sur un jeu de mots concocté avec Alphonse Allais, en référence à une mode passagère, le tout saumoné de latin, n’est-ce pas là faire montre d’une désinvolture tranquille et magnifique ? (…) »

Extrait de « Curnonsky », un texte de Raphaël Bodin, dans L’Anjou en toutes lettres, Siloë, 2011

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C comme « Cinéma en Anjou »

« (…) Les meilleures surprises viennent parfois du court-métrage  : L’Eclat, de Rodolphe Viémont, conte l’édifiante relation naissant entre un précieux crucifix et un restaurateur d’art chargé de lui redonner sa splendeur perdue. Né à Angers, et attaché à sa région, le réalisateur nous fait don d’un moment de grâce inouïe lorsque Le Trait d’Union, le bac assurant la traversée de la Mayenne à Pruillé, apparait telle une nef de lumière dans la nuit profonde ; une figure angélique et spectrale en descend, console le héros et le conduit vers l’autre rive, symbole puissant s’il en est puisque le film décrit la conversion d’un homme, son passage de l’ignorance à la verticalité. La scène finale, filmée dans la prieurale Notre-Dame-de-Cunault, s’appuie sur d’élégants travellings qui rendent hommage à la majesté de son déambulatoire, à l’ampleur de ses lumineux volumes. (…) »

Extrait de « Cinéma en Anjou », un texte de Bruno Deniel-Laurent, dans L’Anjou en toutes lettres, Siloë, 2011

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E comme « Empire angevin »

« (…) Longtemps le caractère remarquable de l’Empire angevin a été méconnu et même déconsidéré, en effet nombre d’historiens donnaient un sens à l’Histoire. Michelet par exemple raconte l’Histoire de la France et de sa formation ; et sachant qu’il aboutira son récit par l’Etat-nation républicain, il tend, à l’instar de nombre d’autres historiens « patriotes », à critiquer tout ce qui a empêché ou retardé à un titre ou à un autre l’avènement d’une France unifiée sous une forte autorité centralisée. Dans cette optique, l’Empire angevin constituait un frein et une menace empêchant la France d’accomplir son supposé destin. Il s’est donc montré très critique à l’égard des comtes d’Anjou et de leur « empire anglais », étonnant choix de termes pour qualifier des princes francs, parlant angevin, possédant la moitié de la France et plus de terres françaises que le Roi de France lui-même. De l’autre coté de la Manche, on trouve chez certains auteurs un mépris similaire pour ces Plantagenêt qui ne parlaient pas anglais, bâtissaient des cathédrales en France, et en un mot perdaient leur temps sur le continent au lieu de le consacrer à la splendide île britannique. (…) »

Extrait de « Empire angevin », un texte de Raphaël Bodin, dans L’Anjou en toutes lettres, Siloë, 2011

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E comme « Elixir Combier »

« (…) On ne peut que s’insurger contre la sinistre mode des mignonnettes, ces ridicules micro-flacons qui ne parviendraient pas même à étancher la soif d’un nourrisson nouveau-né. Comptez qu’il en faut bien trois ou quatre pour constituer un verre normal, et que donc vous allez jeter ces trois ou quatre flacons par verre servi, au lieu d’une bouteille pour quatre ou cinq verres. Un salutaire réflexe écologique nous fera donc fuir ces jouets à la misérable contenance. Et puis quoi ! Des mignonettes aux pays de Gargantua et Grandgousier, c’est provoquer les mânes de nos ancêtres et risquer la nocturne visite des fantômes de Rabelais et Curnonsky. (…) »

Extrait de « Elixir Combier », un texte de Raphaël Bodin, dans L’Anjou en toutes lettres, Siloë, 2011

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M comme « Maine-et-Loire »

« (…) Au nom de la nature contre l’Histoire humaine, d’une naturalité rationalisée et rectifiée au cordeau, on va donner à ces départements le nom de la particularité géographique qui est la mieux censée les caractériser. Le plus souvent, on affublera les vénérables pays du nom des fleuves et rivières qui les traversent. Exit donc l’Anjou, bonjour Maine-et-Loire, un Maine-et-Loire constitué de communes angevines mais ne recouvrant qu’à peu près les deux tiers de l’Anjou. En revanche, la France, nationalisme oblige, échappera au mouvement, et ne sera pas rebaptisée Seine-et-Rhône ou encore Prés-et-Forêts. Le même système de « rationalisation » et de négation de l’histoire sera en revanche appliqué aux contrées que le régime révolutionnaire, après avoir déclaré la paix au monde, soumettra militairement ; ainsi la République française s’adjoindra-t-elle une trentaine de départements : Bouches de l’Escaut, Forêts, ou encore Jemmapes (pour commémorer avec tact la conquête du pays), etc. Ces ingrats ne méritaient sans doute pas que nos armées leur apportassent les lumières révolutionnaires, puisque sitôt nos troupes chassées de chez eux, ils ont jeté aux orties les belles désignations que la République leur avait attribué, pour replonger dans leurs errements passés et reprendre leurs anciens noms (de Hainaut, Zélande ou encore Luxembourg). Nous en revanche, nous avons persisté, nous sommes maineetloiriens et nous le restons, et depuis peu, la générosité de nos technocrates est telle que nous sommes aussi paysdeloiriens. Deux identités – ô combien fortes – pour le prix d’une.  (…) »

Extrait de « Maine-et-Loire », un texte de Raphaël Bodin, dans L’Anjou en toutes lettres, Siloë, 2011

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R comme « Robin (Titi) »

« (…) Une moustache de patriarche, d’éclatantes chemises aux cols acérés, une tignasse puissamment gominée : il y a du Jésus chez Titi Robin. Entendons-nous bien, je ne parle pas du Christ des Evangiles, plutôt celui du film Les Démons de Jésus de Bernie Bonvoisin ; ce Jésus-là est un drôle de rocker manouche, aimant le frisson et les filles de Gadjé. Sauf que Thierry Robin n’est pas né chez les Voyageurs. Gadjo d’Angers, il est entré en Tsiganie comme d’autres en religion. S’il a gardé son patronyme fleurant bon la Vendée angevine, Thierry est devenu « Titi », le guitariste virtuose. (…) »

Extrait de « Robin (Titi) », un texte de Bruno Deniel-Laurent, dans L’Anjou en toutes lettres, Siloë, 2011

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R comme « Rillettes »

« (…) Les rillettes constituent un mets équilibré, riche à la fois en viande et en graisse, d’une harmonie si subtile qu’elle n’apparait pas à tous de prime abord. C’est un mets sain qui garantit à votre corps une température agréable lorsqu’il fait froid. Rien ne vaut, à la première gelée, une bonne livre de rillettes au fond de la chaudière de l’estomac pour assurer au travailleur, outre le plaisir de la dégustation, confort de la digestion et durabilité dans l’effort. A l’homme elles confèrent, dit-on, vigueur, assurance et bonhomie, à la femme elles transmettent, paraît-il, une belle peau rosée ainsi qu’une générosité qui va se nicher jusque dans ses formes.  (…) »

Extrait de « Rillettes », un texte de Raphaël Bodin, dans L’Anjou en toutes lettres, Siloë, 2011

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2 Commentaires

Publié par le 17 septembre 2011 dans Extraits du livre

 

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